18 heures. Je range mon bureau, je salue mes collègues de travail, je vais rentrer chez moi. Chance. Il reste quelques vélibs à la station et aucun n’a été saboté. A priori la mobilisation citoyenne des usagers qui se sont constitués en groupes de défense des vélibs a découragé les malfaisants. Je ne comprendrais jamais comment on peut s’en prendre à ce qui rend la vie et la ville plus belles. Il fait beau, je pédale tranquillement en descendant le boulevard Saint-Germain. Je suis heureux que l’espace dévolu aux véhicules particuliers ait été réduit. Malgré tout, ils sont encore trop nombreux. Ils sont bruyants, ils polluent et sont généralement peu attentifs aux cyclistes. Les motards et cyclomotoristes sont également dangereux, d’autant plus qu’ils empiètent sans vergogne sur notre espace. Aux prochaines municipales je vais voter pour les verts. Delanoë s’est révélé trop décevant. J’arrive à proximité de la Seine. Paris-plage bat son plein, en contrebas la musique latino m’invite à faire une halte. On vit une époque formidable, la fête s’invite partout, les musiques du monde la rythment, les couleurs la font vivre. C’est quand même autre chose que les vieux bals musette d’antan. L’air vibre au rythme des percussions, les danseurs qui s’agitent sont comme une invitation à renouer avec la nature profonde et primitive de l’homme, à pulsionner à l’unisson avec Gaïa.
Mon plaisir est gâché. Plusieurs policiers patrouillent sur le quai à proximité des escaliers menant aux berges de la Seine. Comme par hasard ils sont en train de contrôler des jeunes, maghrébins bien évidemment. Tout ça parce qu’ils ont mis leur capuche et s’amusaient à héler des jeunes filles passant à côté d’eux. Rien ne serait arrivé si elles avaient répondu. Le grand ne se serait pas énervé devant ce manque de savoir vivre ensemble. Je ne vais pas m’en mêler, ils seraient bien capables de me contrôler à mon tour au lieu de chercher à me comprendre. Je n’ai pas envie de me retrouver en garde à vue comme le type qui avait crié « Sarkozy je te vois ». Plus ça va, plus j’ai l’impression de vivre dans un état policier, on se croirait revenu à l’époque de de Gaulle ou dans l’Espagne franquiste.
Enfin chez moi. Le faubourg Saint-Antoine est quand même bien plus agréable aujourd’hui. Je me rappelle, enfant j’y venais traîné par mon grand-père toujours à la recherche d’un de ces vieux meubles. C’était infernal. Il n’y avait que des ateliers de menuisiers, d’ébénistes, de bronziers. Il y avait partout des types en bleu de travail transportant des planches, des appliques en bronze doré. Les odeurs étaient ignobles : colle de poisson, vernis, laque, etc. Et puis on ne s’entendait pas, entre les coups de marteaux, le bruit des scies à ruban qui découpaient les plaquages, c’était infernal. Fort heureusement, la mairie de Paris s’est décidée à évacuer toutes ces nuisances vers la banlieue pour rendre la ville à sa population. Mes voisins sont super sympas. Ils ont acheté leur loft en même temps que moi. On a eu la chance d’acheter au bon moment, pas cher. Ça a du bon les quartiers populaires. Aujourd’hui nous ne pourrions plus, les prix ont tellement grimpé. Ils m’ont invité à prendre l’apéritif chez eux. Il y aura leurs amis chiliens que j’avais rencontrés l’an dernier, ils ont enfin trouvé l’appartement de leurs rêves, place des Vosges. Marjorie et Solenn sont également invitées. Elles sont rayonnantes depuis qu’elles se sont pacsées. Il y a quand même une ombre au tableau. Elles cherchent désespérément à adopter mais elles se heurtent au mur de l’administration. C’est incroyable qu’au XXIème siècle on puisse encore être aussi rétrograde et refuser le bonheur à des êtres humains qui ne demandent rien d’autre que de pouvoir assouvir leur envie de donner de l’amour.
En attendant 20 heures, je vais me servir un petit verre de cet incroyable Merlot argentin. Je le trouve chez Carrefour, à Bercy 2. Bien que cela ne m’enchante guère, je suis bien obligé d’aller faire mes courses dans la grande distribution. Outre les prix qui sont très attractifs, ils proposent des produits que monsieur Rachid, l’épicier du quartier refuse de mettre en rayon. C’est d’ailleurs incroyable cet acharnement à refuser de vendre du bio, des produits issus du commerce équitable. D’autant qu’au prix où il vend sa marchandise il pourrait faire un effort. Sans compter qu’il m’a beaucoup déçu. Le mois dernier on avait un peu discuté avant la fermeture. Nous parlions politique. Je lui faisais part de ma déception suite à l’élection de Sarkozy. Il m’avait rétorqué qu’il était bien d’accord avec moi. En revanche, je suis tombé de haut lorsqu’il m’a dit que sa déception venait du fait qu’il ne faisait rien pour résoudre les problèmes de sécurité. Il m’a parlé de son cousin Ahmed, épicier comme lui mais à La Courneuve, des incessants vols à l’étalage, des braquages auxquels il doit faire face. J’ai bien essayé de lui faire comprendre que la misère sociale et culturelle pousse souvent à des actes qui sont bien plus la manifestation d’une désespérance profonde que d’une volonté de mal faire. Rien n’y a fait. Il m’a répondu que lui et son cousin travaillent beaucoup, ils ouvrent de 07 heures à 22 heures et que quand ils sont arrivés en France ils n’étaient pas plus riches que la racaille qui les dépouille. Je suis parti quand il m’a dit que lui et son cousin votaient Front National.
Le genre de composition qui aurait 20/20 au bac.
On s’y croirait, bravo !
Le final avec l’épicier n’est pas un gag, le bonhomme est tout ce qu’il y a de plus réel.
Excellent, et pas que le fond, cela suinte le suave, le bon sentiment mollasson!
Tellement mou que même énervé il est calme, cela me rappelle ce sketch sur un instituteur ( http://www.youtube.com/watch?v=PQtdlynhHRI ) où celui ci souligne les fautes d’une dictée en rose pour ne pas trop choquer les élèves!
Pour ce qui est du vélib’, certains faits tendraient à démontrer que dans certains cas les bobs sont beaucoup moins mous: http://flavius-aetius.blogspot.com/2009/07/touche-pas-mon-velib.html
mais bon je n’ai encore jamais été confronté à des violences boboïques
Merci, les compliments sont toujours agréables à recevoir.
Pour ce qui est de restituer le caractère du bobo lambda, j’ai eu le temps de me livrer à une étude socio-entomologique. Notre bonne ville étant passée entre les mains du PS aux municipales de 2001, l’espèce s’est développée. Ca vit dans des quartiers pavillonaires résidentiels dans des maisons valant entre 500.000€ à 1 M€ – voire plus parfois – ça se sape comme des babas cools friqués, ça fume un pétard à l’occasion avec le gamin ou avec ses potes, ça envoie les mômes à l’école privée, parfois catholique, mais ça vote à gauche. Et puis mes incursions parisiennes ne sont jamais exemptes d’une petite étude de mœurs.
J’ai cru un instant que cela pourrait basculer et puis non, l’électeur a persisté et signé pour un nouveau bail. Que voulez-vous on ne peut pas lutter contre le festif citoyen. Des grands concerts gratuits où on offre à la populace émerveillée Diam’s, Lavilliers, Abd Al Malik, Youssou n’Dour, ça ne peut que plaire. Concerts aussi gratuits que l’école publique. L’argent public, c’est celui de tout le monde, donc de personne.
Quant aux possibles violences que vous évoquez, vous ne craignez rien. De par sa nature profonde, le bobo est un lâche. Il a été élevé dans l’idée que la violence ne résout rien, qu’elle est un des pires maux de l’humanité et qu’il faut coûte que coûte l’éradiquer, y compris au sein des forces de l’ordre dont l’intolérable brutalité est insoutenable. Bien sûr, comme tout le monde il lui arrive d’extérioriser le trop plein d’émotions contenues à travers des bouffées de délire verbal où il se met en scène. Mais après il a honte et regrette de s’être laissé aller.
Et hop dans mes favoris !
Je viens d’installer ma vile entreprise capitaliste en sous-location partagée avec des graphistes et deux boites de prod cinéma. Je prends des notes chaque jour…
Tiens, je vous livre une anecdote qui me vient à l’instant, comme ça. Je visitais les locaux de Libération il y a quelques mois. Je passe en revue chaque étage, rédaction internationale, sports etc puis j’arrive à un entresol glauque où se massaient dans un coin une bande de laissé pour compte. J’interroge mon interlocutrice sur la raison du placement en disgrâce de ces pauvres gens.
Réponse de l’intéressée “ah eux, ce sont les commerciaux, ceux qui vendent la pub quoi. Ben oui, les journalistes ne les supportent pas et ont refusé qu’ils partagent leur espace de travail”
Peut-être suis-je un fieffé naïf, mais j’ai été sidéré.
Le tout concernant un quotidien accusant 3 M de perte de fonds propres, soutenu uniquement par la pub et appartenant en majeur partie à Rotschild…
Tiens, c’est amusant !
Je connais des gens qui travaillent dans une agence de communication RH appartenant à un grand groupe de publicité français. C’est incroyable ce que cela peut être cloisonné. Plusieurs mondes se côtoient, se regardent de loin sans jamais se mélanger. Il y a les créatifs, les commerciaux et les administratifs chargés de faire rentrer le fric lorsque celui-ci n’arrive pas comme prévu.
Les rares moments où tout ce petit monde se côtoie, c’est au moment de la sauterie annuelle censée fédérer le personnel, resserrer les rangs autour de l’esprit d’entreprise. Bien évidemment, le tutoiement est de rigueur. Y compris avec le pdg. Mais personne n’est dupe, la direction générale sort déjeuner dans des restos hors de prix et du quartier, les commerciaux et les créatifs déjeunent également dans des gastos mais du quartier cette fois mais sans jamais vraiment se mêler. Quant aux administratifs, nettement moins payés c’est le resto d’entreprise ou le casse-croûte dans un snack.
Les créatifs vivent dans leur petit monde. Les administratifs pestent contre les commerciaux qui vendent sans se préoccuper de la situation financière de leurs clients, bien que des fiches détaillées leurs soient communiquées. Quant aux commerciaux ils râlent contre ces emmerdeurs qui les empêchent de faire du chiffre.
Merde de merde, j’ai perdu les 15 lignes que je venais de taper… Ca m’énerve !!! 15 lignes pour dire qu’effectivement c’est parfaitement crédible, et qu’en vous lisant je n’ai qu’une envie c’est de secouer ces bons sentiments douillets, et cette bobo attitude exaspérante.
Amon, la contradiction n’a jamais fait peur à nos amis les gauchos. L’argent c’est sale, le commercial c’est con, le capitalisme est une horreur… Mais ils en vivent, et souvent très bien. Ils sont victimes du système, finalement.
Je crois que notre bonne ville de Paris les aimes, ses bobos. Parce qu’au delà d’une certaine connivence avec le Maire actuel et ses sbires, ils sont tout de même nettement plus rentables que les jeunes familles de la Motte Picquet ou de Convention. En effet ils consomment beaucoup et cher, ils ne rechignent pas à payer pour leurs enfants.
La petite famille précitée, 27 ans chacun et un boulot juste correct , et un nourrisson, il ne rapporte rien, réclame des places en crèche et achète Leader Price.
Je crois cher Koltchak, qu’il y’a une foule de caricature très drôles à faire…
Koltchak, merveilleuse caricature
Je viens de tenter deux fois de vous poster une tartine pour vous dire tous le bien que j’en pensais, cette saloperie d’internet ou de PC, je ne sais pas, n’en a pas voulu. Je vais jouer la prudence et me limiter à dire que de nombreux autres portraits pourraient être faits de nos contemporains…
Ça vient certainement du fait qu’avant d’être mis en ligne les commentaires doivent être validés.
En tout cas merci pour vos encouragements. Sinon, concernant nos amis, c’est vrai. L’argent c’est sale mais indispensable. le monde est plein de contradictions. On veut que les gens vivent aussi bien que nous de par le vaste monde mais on veut acheter notre pc à 500€. Cherchez l’erreur.
J’ai l’impression d’avoir déjà lu ce texte il y a longtemps.
C’est une création tout ce qu’il y a de plus “maison”. Je ne suis certainement pas le premier à m’être lancé dans cet exercice de style, d’où cette impression de déjà vu. Si vous avez des liens à me proposer je suis preneur. Je suis bon public et ça m’évitera d’avoir à marcher dans les traces de quelqu’un d’autre.
c’est le soir et j’ai bien rigolé
ça m’a détendu après une journée merdique
merci
Au moins je n’aurais pas travaillé pour rien.